Le Canada vient de confier sa transformation numérique à Patrick Pichette l’ancien CFO de Google
Le Canada veut accélérer la modernisation de ses services publics et placer davantage l’intelligence artificielle au cœur de son administration.
Le 3 septembre 2026, le gouvernement de Mark Carney a annoncé la création de Transformation numérique Canada, une nouvelle organisation fédérale chargée de moderniser la façon dont l’État développe, achète et utilise ses technologies.
Pour mener cette transformation numérique, Ottawa a choisi un profil bien connu de la Silicon Valley : Patrick Pichette, ancien CFO de Google, qui prend la direction de la nouvelle organisation. (Gouvernement du Canada)
L’objectif est ambitieux : rendre les services publics canadiens plus rapides, plus fiables et plus simples, tout en accélérant l’adoption de l’IA et en soutenant les entreprises technologiques canadiennes.
Patrick Pichette prend la tête de la transformation numérique du Canada
Patrick Pichette connaît bien les grandes transformations technologiques.
Il a été directeur financier de Google de 2008 à 2015, une période marquée par une forte croissance internationale du groupe. Selon le gouvernement canadien, il a également participé à la stratégie de croissance de Google et à près de 150 acquisitions, dont Nest et Motorola.
Avant et après Google, Patrick Pichette a occupé des fonctions importantes chez Bell Canada, Sprint Canada et McKinsey. Il a aussi été administrateur ou conseiller auprès de plusieurs entreprises technologiques, dont Cohere, Wealthsimple et Hopper, et a présidé le conseil d’administration de Twitter avant son rachat en 2022.
Son expérience dans la technologie et la transformation des grandes organisations explique en partie pourquoi Ottawa lui confie aujourd’hui cette mission.
Qu’est-ce que Transformation numérique Canada ?
Transformation numérique Canada doit regrouper plusieurs fonctions technologiques aujourd’hui réparties dans différentes structures fédérales.
La nouvelle organisation intégrera notamment Services partagés Canada, ainsi que certaines fonctions du Secrétariat du Conseil du Trésor, de Services publics et Approvisionnement Canada et d’Emploi et Développement social Canada.
Le Service numérique canadien sera également intégré à cette nouvelle structure.
L’idée est de centraliser davantage les compétences numériques du gouvernement afin d’éviter que plusieurs ministères développent ou achètent séparément des solutions similaires.
Le gouvernement veut ainsi réduire les doublons, diminuer certains coûts et faciliter le déploiement de technologies communes à plusieurs administrations.
L’intelligence artificielle au cœur de la modernisation de l’État
La transformation numérique annoncée par Mark Carney ne concerne pas uniquement les infrastructures informatiques traditionnelles.
L’intelligence artificielle occupe une place importante dans cette stratégie.
Ottawa veut utiliser davantage les technologies émergentes pour améliorer les services publics, réduire certaines tâches administratives et augmenter la productivité de la fonction publique.
Cette initiative s’inscrit dans la continuité de la stratégie nationale L’IA pour tous, lancée plus tôt en 2026.
Le gouvernement affirme notamment vouloir montrer l’exemple dans l’adoption responsable de l’IA et utiliser les marchés publics pour soutenir le développement de technologies canadiennes.
Concrètement, Transformation numérique Canada devra aider les ministères à identifier, acheter et déployer de nouveaux outils numériques et des solutions d’IA.
Le Canada veut aussi soutenir ses entreprises technologiques
L’un des aspects les plus intéressants du projet concerne le rôle économique que veut jouer le gouvernement.
Ottawa souhaite utiliser davantage son pouvoir d’achat pour aider les entreprises canadiennes spécialisées dans le numérique et l’intelligence artificielle à tester leurs solutions à grande échelle.
Le gouvernement pourrait ainsi devenir un premier client important pour certaines technologies canadiennes.
L’objectif est double : moderniser l’administration tout en permettant aux entreprises locales de développer leurs produits au Canada avant de tenter de les commercialiser à l’international.
Cette stratégie doit également contribuer à renforcer la souveraineté numérique du Canada, un sujet devenu de plus en plus important avec la montée de l’IA, du cloud et des infrastructures numériques stratégiques.
Des experts du privé pourront temporairement rejoindre le gouvernement
Transformation numérique Canada prévoit également de faire appel à des spécialistes issus du secteur privé.
Un programme permettra à certains experts de rejoindre temporairement l’administration pour travailler sur des projets précis, notamment dans les domaines de l’IA avancée et des technologies numériques émergentes.
Le gouvernement insiste toutefois sur le transfert de compétences.
L’objectif n’est pas uniquement de faire intervenir ponctuellement des spécialistes externes, mais également d’améliorer les compétences des équipes internes de la fonction publique afin qu’elles puissent ensuite mieux évaluer et déployer ces technologies.
Une transformation ambitieuse, mais l’exécution sera déterminante
Sur le papier, Transformation numérique Canada poursuit plusieurs objectifs à la fois : moderniser les services publics, réduire les coûts, améliorer les outils utilisés par les fonctionnaires, accélérer l’adoption de l’intelligence artificielle et soutenir les entreprises technologiques canadiennes.
La véritable difficulté sera maintenant de transformer ces ambitions en améliorations visibles pour les citoyens.
Les gouvernements disposent souvent de systèmes informatiques anciens, de règles de sécurité importantes et de processus d’achat complexes qui peuvent ralentir fortement les projets numériques.
La nomination de Patrick Pichette montre néanmoins que le gouvernement veut donner une dimension importante à cette transformation.
Après avoir accompagné la croissance de Google pendant plusieurs années, l’ancien CFO du géant technologique devra désormais contribuer à moderniser une organisation autrement plus complexe : le gouvernement fédéral canadien.